Les Médias d’Etat et l’Esclavage : La face visible de l’exclusion

Publié le par rim21.over-blog.org

 

1Nous n’avons pas besoin d’une loupe pour voir l’hégémonie d’une communauté sur les medias d’Etat. Tous les organes sont coiffés par des Maures blancs, les adjoints, les DAFs et tous les postes clés, même au ministère. Sauf quand il s’agit des postes où on doit bosser : la rédaction, la traduction et la production. Là, on fait recours aux nègres de service, par nécessité.

 

Les invités au plateau sont souvent des Blancs. Ce n’est pas grave, quand on n’invite que des Maures blancs. Ce qui est grave c’est lorsque  ces invités soient exclusivement des Haratines ou des Négro-africains ! Parce que c’est inadmissible dira-on sans gêne. Car ce qui est normal c’est que ces derniers servent de « figurants » noirs en guise d’un dosage déséquilibré.

 

Nous avons vu beaucoup de ministres défiler au département de la communication mais, décidément, rien que pour perpétuer et pérenniser le sur-place. Les patrons de ces medias sont-ils intouchables ? Sont-ils plus forts que le Ministre ? Certes, on enlève quelquefois un directeur général pour restaurer un ancien ; mais le reste du « décor » et les référentiels culturels qui prévalent dans un secteur aussi sensible que celui de la Communication, sont maintenus dans leur ’état !

 

J’ai vu ce staff avec le ministre à l’Assemblée nationale. Un staff inamovible et d’une même couleur, une seule ; c’est l’Apartheid en substance et cela, apparemment, ne gène personne. C’est du déjà vu depuis 50 ans, et peut-être du toujours comme ça ! Une sorte de statu quo ante qui fait la politique de tous les régimes qui se sont succédé en Mauritanie et qui ne changeront pas de si tôt.

 

Il a fallu des graffitis sur les murs pour voir un Haratine à la télévision; et même celui-là, on le voit plus. Il a peut-être disparu. Et pour les Négro-africains, de par leur temps d’antenne très mal placé, du reste, et non suivi, il faut être NECESSAIREMENT arabisant pour avoir le privilège de monter sur le plateau et présenter le journal.

 

Donc, les medias dits d’Etat appartiennent, comme toute la Mauritanie, à nos frères Maures blancs ! Il est vraiment amer de le dire mais toutes les preuves sont là :

 

  1. L’absence notoire des autres entités des centres de décisions, eu égard à leur exclusion de toute la hiérarchie de ces institutions, se répercute directement sur la matière, et cela se caractérise par l’absence de leurs spécificités culturelles, mais aussi et surtout, des sujets les concernant qui se trouvent être, comble de l’exclusion, des sujets tabous !

 

  1. Un technicien de radio, un des nègres de service, va à la retraite dans quelques mois ; il n’a jamais pu être reclassé alors qu’on ne peut compter le nombre des gens qu’il a formés sur le tas et de ceux qui, sans aucune formation, ont été promis, reclassés et nommés rien que parce qu’ils sont Maures blancs.

 

  1. Ces medias ne sont pas, comme le pensent certains, pour l’Etat. Ils appartiennent plutôt à des lobbies qui cherchent à se maintenir et à garder des privilèges indus. C’est tout le chauvinisme arabe qui est là !
  2. Tout dernièrement, le directeur de Radio Mauritanie a décidé, de son propre gré, semble-t–il, de refuser la diffusion d’une émission réalisée sur l’esclavage. Pourtant, c’est une demande sociale pressante et un désir souvent exprimé par les honnêtes intellectuels de ce pays de déballer ce phénomène qui refait, à chaque fois, surface, dès que l’effet des calmants passe ! Nous avons tous exprimé notre désir de discuter sans mesure les conséquences imprévisibles de la surenchère, au lieu de se tirer à boulets rouges… Nous pensons qu’il est temps de le faire à la radio et à la télévision, car, nous autres exclus, nous avons nos points de vue quant aux solutions de ce problème qui est quand même le nôtre avant d’être celui de quiconque autre.
  3. Mohamed Ould Abdel Aziz avait exhorté ces organes à changer de méthode. Mais, si, vraiment, il a la volonté de changer les choses, il faut impérativement changer les hommes ! Ne l’ayant pas fait, le tout nouveau ministre semble opter pour le sur-place. Alors, à qui appartiennent ces organes donc ? Puisque le Chef d’Etat ne peut pas changer ces hommes et le ministre non plus, c’est donc ces intouchables qui détiennent les commandes. On peut trouver, aujourd’hui, recenser plus de dix personnes tous de la même famille au sein de l’une des institutions et plus de cent autres de la  tribu d’un ancien directeur.
  4. Je signale que les Haratines sont absents de ces organes, sauf peut-être dans la catégorie des plantons et des manœuvres et autres techniciens formés par Bilal Yemar. Et Dieu sait dans quel état, ils sont !! C’est une nouvelle forme d’esclavage qui s’est instauré dans toute l’administration mauritanienne.
  5.  les Négro-mauritaniens ne sont pas seulement absents des postes mais aussi des programmes. Pour cette raison, rien n’a été fait pour rattacher ces gens-là à cette Mauritanie. Au contraire, tout a été fait pour les pousser derrière le fleuve. Et ce au même où les Haratines demeurent réduits au silence et réservés à la servitude. Un silence qui sera forcément brisé un jour. Pourvu que quelqu’un prenne l’initiative !

 

Ce que je tiens à dire ici, ce n’est pas que telle ou telle entité est absente des centres de décisions. Cela est  l’apanage de toute notre administration. C’est une administration mauresque, presque à cent pour cent. C’est général.  Et l’hégémonie est claire, partout.

Mon propos s’inscrit dans la dynamique dont on parle ces derniers temps. Nous sommes entrain d’aider les bonnes volontés, s’il y en a vraiment, pour situer et ôter les obstacles jalonnant la voie du changement souhaité !

 

Mais un fait est sûr. Tout changement préalable passe par : redistribution des cartes, constat de la volonté dans les faits : tout ce que tu vas faire pour moi, si tu le fais sans moi, son effet sera de courte durée. C’est exactement pour cette raison que les rhétoriques d’Ould Taya ont été dépourvues de résultat viable.

 

En effet, pour combattre l’esclavage il évitait d’appeler le mal par son nom préférant trouver des périphrases vaseuses telles que la lutte contre la pauvreté et/ou la lutte contre l’analphabétisme. Des milliards ont été dépensés pour éradiquer, disait-on, ces fléaux sociaux. Et pourtant aujourd’hui le problème reste entier ! On n’a pas su  ou voulu  appeler un chat le chat et permettre ainsi à l’action d’être efficiente.

 

Si avec cet argent on avait aménagé des terres cultivables, organisé et formé des pêcheurs installés le long de la mer,  embauché une classe ouvrière à la SNIM,  piloté des projets d’élevage, ouvert et encadré des écoles dans les milieux habités par les esclaves et les anciens esclaves, on aurait solutionné, à plus de 80%, la question de l’esclavage.

 

Et si l’on avait accompagné ces actions d’une campagne de sensibilisation audiovisuelle (radio, télévision) qui dénote une réelle détermination à déraciner et bannir ce phénomène qui perdure dans les pratiques et, surtout, dans les mentalités ralentissant ainsi et, de façon claire, le développement du pays, le résultat serait beaucoup plus tangible.

 

Voila comment il serait possible, en un peu de temps MAIS, avec une volonté manifeste, de mettre fin à ce fléau.

 

Or aujourd’hui, le constat est alarmant : un pays qui vit sur des dons et crédits, acquis entre autres, pour la lutte contre l’esclavage et ses conséquences (la pauvreté, l’ignorance et l’exclusion …) mais, foncièrement détournés et orientés par une seule communauté vers d’autres fins qui sont les siennes (Immeubles, Banques, Bourses et autres projets privés).

 

Tant que le problème n’est pas sujet d’une attention particulière et tant que ses défenseurs sont froidement diabolisés et éloignés des centres de décision, la situation de l’esclavage ne pourrait qu’empirer et continuer à ternir l’image du pays.

 

 Si on donne du temps au temps, il y aura sûrement, tôt ou tard, une solution. Mais, quelle solution et à quel prix ?!! Il va falloir donc prendre le devant et exiger les remèdes appropriés que nous privilégions avant que le temps nous exige des solutions indésirables.

 

Le temps presse. Et pour beaucoup, Les dés semblent  être  jetés. Alors force est de dire que si certains cadres se sont résignés, il y en a d’autres qui sont engagés à aller jusqu’au bout !

 

                                                                                    Brahim Ould Bilal Ould ABEID

                                                                                    Professeur de Philosophie

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