Les pauvres d’El des kebbas Mina à Mohamed Ould Abdel Aziz : "Seul contre tous, nous vous avons témoigné, pendant qu’on vous attaquait, vous méprisait, notre sympathie et notre solidarité "

Publié le par Babacar Baye NDIAYE

Femmes-portant-des-enfants.JPGAux kebbas d’El Mina de Nouakchott, on est toujours sous le choc. Ici, on n’a jamais cru, un seul instant, que Mohamed Ould Abdel Aziz, le "Président des pauvres", leur ferait ça : envoyer l’Agence de Développement Urbain (A.d.u.) raser jusqu’au trognon leurs baraques et leurs boutiques faites de zinc et de bois.

 

Tant et si bien que les pauvres des kebbas d’El Mina ne trouvent plus en lui une raison formidable d’espérer dans le changement  de leur destin, de leurs rêves de bonheur, d’espérance et d’existence. Comme il le leur avait promis pendant l’élection présidentielle de l’été 2009.

 

"On a détruit nos lieux d’habitation. Nous sommes devenus des sans abris, des indésirables de la République. Nous sommes traqués et chassés comme des malpropres. On est là plantés au soleil, exposés au vent et au froid, seuls et déboussolés", crie Abdallahi Ould Abbas. "Mohamed Ould Abdel Aziz nous a toujours dits qu’il allait être le Président des pauvres, poursuit ce vieux au visage émacié par l’âge et la misère. Nous avons voté pour lui parce qu’on espérait qu’il était de bonne foi. S’il l’est toujours, il doit respecter son serment pendant l’élection présidentielle."

 

liiiiiiii.JPGA quelques mètres de là, des flaques d’eau couvrent le sol, des baraques s’entrelacent à terre. Le sol est crasseux. L’atmosphère empeste. Ici, l’insalubrité et la précarité semblent faire bon ménage. Les foyers sont dépourvus d’électricité et de water-closets. Les rares qui y existent sont utilisés à tour de rôle. Les dernières pluies qui se sont abattues sur Nouakchott ont plongé certains quartiers dans une situation répugnante. Dans ces quartiers comme ceux des kebbas Nancy, on y côtoie des orphelins, des veuves, des chômeurs sans perspectives, des pères de famille complètement désorientés.

 

"Aujourd’hui, on se sent à l’étroit dans notre propre pays. Aussi, on préfère devenir des réfugiés que de continuer à vivre dans de telles conditions ou de subir les mauvaises humeurs des responsables de l’Agence de Développement Urbain", confie Mahmoud Ould Brahim, père de 5 enfants.

 

Les kebbas d’El Mina se sont développés, ces dernières années, de manière spectaculaire. Des milliers de personnes ont quitté l’intérieur du pays, fuyant la pauvreté pour venir s’échouer sur ces quartiers précaires parce qu’elles n’ont pas de moyens pour s’acheter une parcelle de terre ou de se payer des frais de loyer.

 

PICT0019.JPG"Personne n’est venue à notre rescousse. Pourtant, nous avons été tous recensés par l’Agence de Développement Urbain. On nous a remis des reçus de recensement attestant notre inscription. On est en droit de réclamer notre parcelle de terre. On ne demande pas le ciel et la terre au gouvernement. A défaut de cela, il n’a qu’à trouver une solution à notre calvaire", s’indigne Vatma Mint Abdou. "Ce n’est pas de notre faute si nous habitons ici. On est des démunis. Nous vivons avec les cafards, les puces et les moustiques. Nous supportons tout cela", ajoute-t-elle.

 

Le passage des caterpillars de l’Agence de Développement Urbain (A.d.u.) a laissé de mauvais souvenirs aux pauvres des kebbas d’El Mina. Depuis le mois de septembre 2010, début de l’opération de recensement des quartiers précaires, la vie de ces populations a subitement basculé. Ici, chacun commence à enterrer son optimisme et à penser de plus en plus que Mohamed Ould Abdel Aziz aurait trahi sa promesse qui, rappelle-t-on, est une dette.

 

PICT0020.JPGAux kebbas d’El Mina, ils sont nombreux à afficher leur déception, leur inquiétude et leur embarras face à la volonté du gouvernement de les déloger de leurs habitations précaires par la force sans pour autant les recaser sur d’autres terres.

 

"Le Président de la République ne s’est jamais prononcé sur cette question. Il donne, du coup, l’impression qu’il aurait changé de fusil d’épaule ou qu’il nous aurait tourné le dos. Et, pourtant, lorsqu’un matin du 6 août 2008, nous l’avons entendu s’exprimer, nous avons aussitôt vu en lui un libérateur. Seul contre tous, seul contre la communauté internationale, nous lui avons témoigné, pendant qu’on l’attaquait, le désavouait, le méprisait, notre sympathie et notre solidarité", affirme Housseynou Ould Hamdi.

 

Au mois de septembre dernier, l’Agence de Développement Urbain (A.d.u.) avait marqué et numéroté chaque foyer avant de délivrer des reçus de recensement. On commençait à penser qu’on aurait enfin sa propre maison. Mais, le rêve ne sera que de courte période. Car, ils seront réveillés par les bruits des moteurs des caterpillars de l’Agence de Développement Urbain. Aujourd’hui, les pauvres des kebbas d’El Mina ne demandent qu’une chose à leur Président de la République : qu’il éclaire leur lanterne !

 

Reportage pour Cridem par Babacar Baye Ndiaye

 

Publié dans Reportage

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